En mots, en image, en musique… ce mois-ci, c’est le thème « Huis Clos » qui a été proposé !


 Léa

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Léa: son site / ses participations au blog


Cartier-Bresson

Maya

Quatre bords, quatre coins, quatre angles de papier. Tout se joue là. Piégé dans l’instant.
On ne saura jamais ce qu’il y avait avant ni ce qu’il y avait après. Nous n’aurons jamais la chance d’entrer dans le secret du processus, nous, regard amateur du non initié. Nous ne saurons jamais ce qu’il y avait avant et ce qu’il y avait après mais cet instant sera éternité.
Tout se joue là, dans le monde du visible où l’invisible est roi. Lui seul a su voir, pourtant.
Lui seul a su ériger l’instant en absolu. Comment savoir, quand on le vit, que ce moment est unique ? Qu’il n’existera plus jamais ? Que cet homme qui saute au dessus de la flaque d’eau et prend son envol, cet homme en lévitation est poésie pure, vision sacrée et beauté esthétique formelle ? Quelques secondes avant, il ne savait pas voler. Quelques secondes après, la surface-miroir de l’eau sera ridée irrémédiablement, brutalisée par le contact, violée par l’impact du pied dans l’eau, la pureté ne sera jamais plus. (1)

Tout se joue là, dans le monde figé de la photo. De cette photo, de cet instant. Il y a l’homme derrière l’objectif, l’homme aux yeux royaux. L’homme aux yeux bleu pâle et au physique d’éternel adolescent. L’homme de la foule et du monde, derrière son Leica, l’homme qui savait voir mieux que personne.
Et il y a le passant, saisi devant la photo, qui se fige comme se fige le mouvement, le passant ébloui par la poésie de l’image. Il ne verra plus jamais pareil. Parce qu’on lui a donné à voir différemment. Ce qu’il n’avait su voir seul, l’homme aux yeux différents le lui a montré. Et plus que le lui montrer, il lui en a fait don pour l’éternité. Toute la grâce du moment, la beauté pure de la composition offerte sur un bout de papier. La justesse des lignes, la droiture des formes. Les nuances et les dégradés de ce gris argentique que l’on ne peut imiter.

Qu’est ce qu’une photo sinon un don ? Plus qu’un passage de savoir, un passage de regard.
De l’homme qui sait voir à celui qui apprend à voir. Du voyant au voyeur. De l’initié à l’amateur. Une photo comme art poétique, comme expression d’une certaine conception de la beauté. Grâce et harmonie. Violence et brutalité. Le beau et le laid. Une foule en délire comme un tableau de Goya, toute la violence et l’humanité trop humaine du monde.
Le rappel du matériel, des corps qui sont chair, de la poussière qui est saleté, de la crasse qui est vie. La grâce révélée dans le regard d’une femme, dans le saut d’un homme au dessus d’une flaque d’eau, ballerine-étoile pour un soir et pour une éternité tout à la fois.

Qu’a-t-il vu à travers l’objectif de son Leica ? Il a vu le monde et il a vu la vie sous son véritable aspect, à nu sous sa propre lumière. Il a vu l’amour et la mort. La sensualité d’un paysage de France et le sable des rues mexicaines. Un corps de femme habillé d’eau. Un enfant au sourire infini rue Mouffetard. Il a vu l’humanité tout entière.

Et le passant toujours posté devant la photo, le passant ne peut en sortir, s’imagine milles histoires, milles raisons ayant pu mener à ce moment, celui là, pas un autre. Il se perd en mille conjectures mais il ne saura jamais vraiment. Cela importe peu finalement. Ce qui importe c’est que le Voyant se soit trouvé là au bon moment. Pour passer la flamme sacré de son regard singulier aux hommes. Pour leur apprendre à regarder. Le passant est perdu quelque part entre son monde et celui de la photo. Dans un entre deux qui relève du charme et dont il ne peut sortir. Huis clos de l’image, explosion fixe, mouvement sur arrêt, infini fini, figé.

Et le monde, le monde encore à voir, le monde qui continue de tourner.

(1) Derrière la gare Saint-Lazare, pont de l’Europe (1932) Henri Cartier-Bresson

Maya: ses participations au blog


Benjamin
Cyprien

J’étais sorti par cette fenêtre de pierre grise. Les pieds nus plongeant dans les buissons de thym, je m’étais glissé hors de cette bâtisse de pierre grise. J’avais suivi ce sentier de crête, où les rochers sont plats et moussus, et j’étais arrivé sous cet arbre à l’écorce moussue, elle aussi, mais crevassée. Les pieds nus prenant appui dans ces crevasses, j’étais monté sur cette branche, un peu haute mais solide ; de là je pouvais voir toute la vallée sous mes pieds nus et tout le ciel au-dessus de mes yeux. Au moment de sortir par cette fenêtre de pierre grise, la nuit était pleine et les étoiles froides. A présent, si la nuit n’est plus pleine, elle se réchauffe déjà. La vallée s’ouvre devant moi et je suis suspendu entre la nuit et le matin. Il me semble que, tendant le bras, je pourrais effleurer les points de couture qui étincellent sur le drap bleuissant au-dessus de mes yeux. Mais non, elle n’est pas si proche la paroi bleuissante de ce monde. De cet instant déçu, j’émerge angoissé et sans espoir. Les pieds nus plongeant dans la mousse, je glisse de l’arbre aussi fragile que la coquille d’une étoile. Or, les pieds plongés dans cette mousse sous cet arbre, je prends conscience que le drap a bleui : je ne suis plus suspendu entre la nuit et le matin. Les pieds plongés dans cette terre moussue au pied de l’arbre, j’ai enfin pu voir le matin ; car c’est au matin et à la terre que j’appartiens. Alors, je m’en retourne par cette fenêtre de pierre grise dans cette bâtisse de pierre grise où meurt un feu. Jamais je n’avais saisi cette inscription sur le manteau de la cheminée ; mais cette nuit d’épiphanie me l’a permis. Hic solus, celui-là seul. Quel était-il, celui-là seul que je cherchais dans chaque nuit. Dans cette nuit d’épiphanie je l’ai compris. Pourquoi sortir la nuit venue de cette bâtisse de pierre grise ? Pourquoi tendre le bras vers la paroi bleuisssante de notre monde ? Je me croyais à huis-clos, échouant la nuit venue à percer ce drap bleuissant. Mais celui-là seul est le matin, car le matin n’est point clôture. Et dans cette bâtisse de pierre grise où meurt un feu, le matin est entré, par cette fenêtre de pierre grise, ouvrant mes yeux sur la vallée qui s’éveille.

Cyprien: ses participations au blog


La Chapardeuse de Rêves
soeur-mayarr
Huis clos
Étouffant,
Quand ton âme
Devient
Cage,
Quand ton corps
Devient
Prison.
La  Chapardeuse de Rêves : son blog, ses participations au blog

Noémie

Je balise, je perds le nord.

Le vaisseau se soulève et retombe lourdement, envoyant des giclées de fluide dans toutes les directions. Mon visage est éclaboussé. Son armature craque, gémit à mes oreilles, comme les os d’un squelette soumis à une pression les faisant trembler. Chaque respiration devient plus laborieuse que la précédente, tandis que mes cheveux plaqués de sueur dégoulinent goutte à goutte dans mon cou. La lumière aveuglante m’enflamme la rétine de son éclat de coup de tonnerre, mais c’est surtout la moiteur ambiante, cette moiteur suffocante, qui me fait transpirer autant. Ma bouche pâteuse et mes lèvres parcheminées se tendent vers l’avant comme pour chercher de l’eau, et le vaisseau se soulève de nouveau, avant de se fracasser sur quelque chose de dur. L’eau ne viendra pas. Je referme la bouche en gémissant. J’ai soif. Vraiment très soif. Mes mains s’enroulent dans les cordages de paille et de crins et je tire vigoureusement dessus, tentant tant bien que mal de ne pas perdre pied, ancrant férocement mes pieds en arrière pour ne pas être jetée par dessus bord. La lumière muette de salle d’attente continue de briller imperturbablement, et je cramponne le bois qui m’avait jusque là échappé des mains. Mon vaisseau. Ma cargaison. Ma responsabilité. Le naufrage n’est pas envisageable. J’enfonce mes ongles avec férocité dans le chêne mort, et je siffle de rage tandis que la pression exercée sur le vaisseau se fait plus imposante. Il faut que je nous tire de là au plus vite. Le bois hurle plus fort encore, et je le sens prendre un angle incongru. L’horizon tâché de sang regarde la main que je lui tends, impassible, ne fait aucun geste pour la saisir. La lumière me tue et je souhaite la douce torpeur d’une nuit de tendre velours bleu. Je tends la main plus fort, je m’étire, je m’élance, je m’envole. Le vaisseau décolle et je me cramponne une fois de plus au bois craquant, dégoulinante de fluides divers et variés collant à ma peau poisseuse de sueur. Le cri des mouettes déchire le bruit de la tempête. Le délire euphorique qui coule dans mes veines ne veut pas s’éteindre.

Mon vaisseau est en sale état.

– Félicitation Mme Lambert, excellent travail : c’est un beau petit garçon !

Noémie: ses participations au blog


Idil

sans-titrerrrMes participations au projet Place Blanche


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